16 juin, 21h00, gare de Bangkok... Adri vient de monter dans le bus qui l'amène à l'aéroport d'où il s'envolera d'ici quelques heures direction la France. Et je me retrouve on my own again.
Il y a un mois et demi je débarquais de Sydney. Nuit passée sur un banc de l'aéroport en me demandant si l'idée de venir toute seule en Asie était une si bonne idée que ça... Il s'en sera passé des choses depuis...
D'abord le Cambodge. Un pays où je me suis sentie tout de suite bien, mon coup de coeur jusqu'ici. Un peuple super attachant, des gens souriants, curieux, détendus. Une histoire qui m'a retournée lors de la visite de la prison S21 à Pnom Penh ou des killing caves à Battambang. Un pays où on doit prendre son temps : on arrivera toujours à destination, mais qui sait quand.... Un pays où avec un grand sourire on arrive en général à obtenir ce qu'on veut. Et puis le Vietnam. Un choc au début. Toujours faire attention à ne pas se faire arnaquer. Des gens beaucoup plus fermés que les Cambodgiens, beaucoup plus durs. Certainement du fait de l'histoire : on est quand même dans un pays qui a connu guerre sur guerre. Mais des paysages magnifiques. Et des rencontres un peu magiques... Mon seul regret? Ne pas avoir eu le temps d'aller au Laos. Une occasion de revenir..
Un voyage en solitaire, qui n'aura pas été solitaire. Sur un mois j'ai du passer au final 2 jours toute seule, grand maximum. Des rencontres à la pelle, des gens avec qui faire un bout de route, que ce soit pour quelques heures, une soirée, plusieurs jours ou même plusieurs semaines. Des gens très différents, avec qui je n'aurais peut être pas été amie en France et qui justement m'ont apporté quelque chose de spécial.
En voyageant seule on apprend beaucoup sur soi... On apprend la patience : attendre tout le temps... un bus, un renseignement, qu'une chambre se libère, des heures de trajets. Ne pas s'énerver quand personne ne comprend ce qu'on essaie de dire. Ou ne veut pas comprendre. On apprend la tolérance à voyager avec des gens qui ne nous ressemblent pas, dans une culture totalement différente.
On apprend aussi à avoir la conversation de plus en plus facile avec des étrangers. Prendre sur soi pour aller vers les autres.
On apprend à profiter de chaque minute de sommeil, partout. Dans un bus, sur un banc, sur son sac...
On apprend à s'adapter vite, partout. A de nouvelles personnes, à des caractères différents, à un nouveau pays, des nouvelles moeurs...
Comprendre que son sac à dos est la chose la plus importante du monde. Ne plus se soucier des apparences. Renoncer au maquillage, porter toujours les mêmes fringues qui ne ressemblent plus à rien. Ne ressembler plus à rien. Et s'en foutre complètement.
Savoir qu'un bon bouquin, un sourire, un paquet de gâteau au chocolat et les sacs plastiques dans un backpack sont les meilleurs amis du «traveler». Et que les conseils échangés sont bien mieux que tous les conseils du Lonely Planet.
Tout n'est pas toujours facile... Justement parce qu'on est tout seul les moments de blues sont intenses aussi. Et quand après quelques jours passés avec un groupe de personne on se retrouve toute seule dans un bus on se sent très seule et totalement perdue. Il faut prendre sur soi, rerespirer un grand coup et replonger en ne sachant pas ce qu'on va trouver... Mais on apprend à aimer ce sentiment de saut dans le vide à chaque nouvelle étape. Il faut aussi accepter la possibilité de rester plusieurs jours en tête à tête avec soi même, savoir qu'on doit penser à tout et n'avoir personne sur qui se reposer. Fatiguant desfois. Mais valorisant aussi.
Voyager en solo c'est aussi, et surtout, ne prendre en compte que ses envies. Faire uniquement ce que l'on veut. Et savourer cette liberté totale.
Bilan de ce voyage? Totalement positif. Tellement positif que je continue un peu l'aventure, direction la Malaisie et l'Indonésie cette fois. L'impression qu'il est encore trop tôt pour s'arrêter.
16 juin, 21h, gare de Bangkok, j'attends un train qui m'amènera vers la Malaisie. Un nouveau pays, des nouvelles coutumes auxquelles s'habituer, des nouveaux réflexes à acquérir. De nouvelles rencontres? Surement... Mais des anciennes aussi. On my own sans être vraiment on my own... Plus facile qu'au début car je sais que je vais "meet up again" avec des gens rencontrés dans les pays d'avant. Jean-Phi d'abord mais aussi César (Vietnam), Eddie (Cambodge), Carlo (Australie)... Et cela donne aussi un autre intérêt à cette prochaine étape.
Mais en attendant, j'ai environ 24h de voyage pour atteindre ma prochaine destination. 24h en tête à tête avec moi même.
Take a deep breath... And jump again.